Le retour de la Grande Blonde

Champigneulles. La reine des bières était jolie, élancée et courte vêtue. Dans les années soixante-dix, on aurait pu la confondre avec Mireille Darc, descendant prestement d’une DS Pallas. Mais pour tous les Lorrains, c’était la « Grande blonde » de Champigneulles. Une bière mythique, qui avait disparu des rayons, mais pas du carnet de recettes du brasseur. « Nous sommes aujourd’hui la seconde brasserie française, au sein d’un groupe allemand indépendant qui a cru en notre outil de travail et a pérennisé l’emploi. Le défi lancé il y a six ans est relevé. Même audelà, avec la relance de la ‘’Blonde’’ et le lancement d’une bière d’abbaye. Nous sommes très heureux et fiers ! », explique Patrice Colin directeur du site.

Frankfurter-sur-Oder Dans le caveau historique de la brasserie de Champigneulles, quelques grands clients et spécialistes du monde brassicole, historiens, anciens cadres, sont réunis devant Saint-Arnoult. Le patron des brasseurs veille avec affection sur cette renaissance, voulue par TCB, en fait le groupe Frankfurter, qui possède trois brasseries en Europe, à Frankfurter-sur-Oder, Dresde et Champigneulles. Mike Gaertner et Karsten Uhlmann, les deux dirigeants du groupe, d’habitude plutôt discrets, ont fait le déplacement à Champigneulles : « Il y a ici un savoir- faire évident et une histoire. Voir deux bières renaître est la reconnaissance de notre engagement. C’était inimaginable il y a six ans ! ». En 2006, lorsque Kronenbourg se désengage de Champigneulles, c’est la douche froide. On est à deux doigts de la liquidation totale du seul site brassicole industriel de Lorraine et de la revente de la marque pour une poignée d’euros. « On fabriquait 600.000 hectolitres en 2006, avec 80 salariés. Nous sommes 190 salariés et sortons un volume de 2,65 millions d’hectolitres. Essentiellement des bières de soif pour la grande distribution et les marques distributeurs, mais aussi maintenant sous notre propre label », confirme encore Patrice Colin.

Arnaud Garlet, chargé des grands comptes et du marketing, a rejoint le groupe il y a un an et porte avec enthousiasme la dualité du modèle économique : « C’est un big bang, une révolution. D’un côté des bières plutôt bon marché de 4,5°, de l’autre un segment plus élaboré. La blonde est une premium, l’Abbaye une bière de fermentation haute, avec des malts de printemps, douce, sans amertume, légèrement ambrée ». Pour distribuer ses deux nouvelles bières, la brasserie de Champigneulles utilise trois vecteurs : Clair de Lorraine, le spécialiste meusien des produits de terroir, les Saveurs du Colombier près de Toul et Rega, pour le circuit des cafés, hôtels et restaurants. Présentes dans la grande distribution, sous un packaging attrayant reprenant la charte graphique de Champigneulles – trois alérions sous un blason couronné
– les deux nouvelles mousses sont produites en petite quantité. « Tout est question d’échelle, puisqu’il s’agit tout de même d’une production de 1.000 hectolitres. En revanche, c’est réjouissant de voir des industriels faire renaître deux bières spéciales à forte résonnance régionale. Cela tire toute la production vers le haut et en matière d’image, c’est essentiel ! », explique Benoît Taveneaux, président du Musée français de la brasserie de Saint-Nicolas-de- Port. L’historien, qui dans une de ses monographies titrait « Champigneulles l’européenne », aurait-il pressenti, avant tout le monde, le retour franco-allemand de la « Grande Blonde » ?

Pascal SALCIARINI

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